Le coup d’envoi est officiellement donné. Ce dimanche 7 juin 2026, La France insoumise (LFI) investit la ville de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) pour le tout premier grand meeting de Jean-Luc Mélenchon, marquant sa quatrième entrée officielle dans une course à l’élection présidentielle. Pourtant, dans les coulisses de l’événement et sur toutes les lèvres des observateurs politiques, une question audacieuse brûle les lèvres : la véritable vedette de la journée sera-t-elle le triple candidat à l’Élysée ou le nouveau maire de la ville, Bally Bagayoko ? En l’espace de seulement quelques mois, l’édile dionysien est passé du statut d’élu local à celui de coqueluche médiatique nationale, au point d’afficher une popularité qui égale désormais celle du fondateur du mouvement.
Cent jours de coups d’éclat et le décrochage du portrait présidentiel
Il aura fallu moins de cent jours à cet ancien cadre de la RATP de 52 ans, père de quatre enfants, pour briser le mur du son médiatique. Longtemps cantonné au rôle de simple conseiller municipal d’opposition, Bally Bagayoko a créé un séisme politique local en faisant tomber dès le premier tour le maire socialiste sortant, le très discret Mathieu Hanotin. Premier maire noir de l’histoire de Saint-Denis, ce colosse d’un mètre 90 — ancien joueur de basket-ball semi-professionnel — a transformé sa commune en place forte insoumise, la plus grande municipalité détenue par LFI dans tout l’Hexagone. Mieux encore, il a terrassé Karim Bouamrane, maire de Saint-Ouen et rival historique de Jean-Luc Mélenchon, en s’emparant de la présidence de Plaine Commune, propulsant pour la première fois un insoumis à la tête d’une des intercommunalités les plus puissantes de la région parisienne.
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« Il est très calme, très carré. Il met l’adversaire à terre en attendant le bon moment, en sachant retourner sa force à son avantage. On a beaucoup de chance de l’avoir », confie, enthousiaste, le député LFI Hadrien Clouet auprès de BFM.
Maîtrisant à la perfection les codes de la conflictualité politique chère à son parti, Bally Bagayoko s’est rapidement distingué par des actions symboliques fortes. Quelques jours après son installation à l’Hôtel de ville, des journalistes découvrent que le portrait officiel d’Emmanuel Macron a été décroché du mur et retourné face contre terre dans un coin de son bureau. Un affront protocolaire qui a poussé le préfet de Seine-Saint-Denis à lui adresser un courrier formel pour le rappeler à l’« usage consacré par la tradition républicaine ». Face à la pression de l’État, le maire est resté inflexible sur BFMTV : « Cette lettre n’a pas lieu d’être (…), notre démarche s’inscrit dans une parfaite légalité et nous l’assumons pleinement ». Une posture de résistance saluée et relayée en masse par la base militante insoumise.
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France
Commémoration du Débarquement de Normandie ! Hegseth appelle les Européens : « Commencez à… »
06.06.2026. u 13:50
Entre agressions racistes et duels à distance avec Jordan Bardella
Le parcours récent de l’élu a également été marqué par une forte charge émotionnelle et politique. Fin mars, Bally Bagayoko est la cible d’attaques racistes d’une violence inouïe sur le plateau de CNews, des chroniqueurs traçant un parallèle ignoble entre sa personne, « la famille des grands singes » et une « tribu primitive ». Loin de se démonter, le maire dépose plainte et organise une grande marche antiraciste le 4 avril. Le succès est massif : des milliers de citoyens, aux côtés de la leader écologiste Marine Tondelier et de plusieurs cadres socialistes, défilent à Saint-Denis. Si le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez qualifie ces propos d’« inacceptables », l’absence de membres du gouvernement au rassemblement du 4 avril, puis à la manifestation parisienne du 3 mai, fait grincer des dents. Emmanuel Macron se contentera d’un soutien jugé « tardif » par l’intéressé, résumé à une brève poignée de main lors d’un déplacement présidentiel ultérieur.
Bally Bagayoko n’hésite pas non plus à porter le fer contre l’extrême droite et son leader Jordan Bardella, potentiel candidat à l’Élysée en cas d’empêchement judiciaire de Marine Le Pen en juillet. En mai sur RTL, le maire s’en est pris aux origines dionysiennes du président du RN : « Il se dit de Gabriel-Péri mais nous ne le reconnaissons pas comme étant dionysien ». Piqué au vif, Jordan Bardella a répliqué sur X, accusant le maire de promouvoir « l’exclusion et l’intolérance ». Un affrontement direct qui, selon un élu socialiste local, a paradoxalement offert une immense vitrine au maire : « Quand vous êtes presque candidat à la présidentielle et que vous répondez à quelqu’un sur les réseaux, vous le crédibilisez ».
Un profil atypique et des ambitions nationales qui interrogent en interne
Si le coup d’éclat du 1er avril — un arrêté municipal suspendant les expulsions locatives dès la fin de la trêve hivernale — a été rapidement annulé par le tribunal administratif, la dynamique Bagayoko reste intacte. Le dernier baromètre Odoxa pour Public Sénat a provoqué un véritable séisme politique : le maire de Saint-Denis intègre le Top 20 des personnalités politiques suscitant le plus d’adhésion en France avec 14 % d’opinions favorables. Un score qui le place à stricte égalité avec Jean-Luc Mélenchon lui-même.
Cette ascension fulgurante pourrait bien faire grincer des dents au sein d’un mouvement habitué à l’hégémonie de sa figure tutélaire. Contrairement à la majorité des cadres de LFI, Bally Bagayoko possède une vie politique antérieure. Ancien allié des communistes, il a rejoint les insoumis en 2017, une démarche qu’il assume sans fard de courtisan. Dans les colonnes du Monde, il rappelait ainsi brutalement qu’il n’était « pas de la génération de Jean-Luc Mélenchon » et qu’il avait rejoint LFI « surtout par opportunité, parce que le PCF (…) ne m’a pas donné ma chance ». S’il balaie pour l’heure les ambitions présidentielles d’une formule prudente sur Franceinfo (« Ce débat, il viendra après la victoire de Jean-Luc Mélenchon en 2027 »), un élu communiste du département prévient : « Ce qui est sûr, c’est qu’il ne va pas rester la créature de LFI et qu’il n’est pas là pour faire de la figuration ». Ce dimanche, aux côtés de la prix Nobel de littérature Annie Ernaux, la nouvelle star de Saint-Denis s’apprête à tester sa force de frappe populaire sous les yeux du leader insoumis.
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