Dernier jour du procès en appel de l’affaire libyenne : La défense de Nicolas Sarkozy réclame une relaxe totale
Le procès en appel fleuve portant sur les soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 touche enfin à sa fin ce mercredi 27 mai 2026 au Palais de Justice de Paris. Cette ultime journée d’audience est intégralement consacrée aux plaidoiries cruciales de ses quatre avocats de la défense. Face à des réquisitions d’une sévérité inédite prononcées par le parquet général, l’équipe juridique de l’ancien chef de l’État tente le tout pour le tout afin de déconstruire un dossier qu’elle juge vide de preuves matérielles directes. L’enjeu est historique pour l’ex-président de la République, dont l’avenir politique et la liberté dépendent désormais de la décision de la cour d’appel de Paris.
La défense pilonne l’accusation et dénonce un « roman grotesque »
C’est Maître Christophe Ingrain, l’un des quatre conseils attitrés de Nicolas Sarkozy, qui a ouvert le bal des plaidoiries en matinée. Dès ses premiers mots, l’avocat a choisi une stratégie offensive pour discréditer l’ensemble des investigations menées depuis plus d’une décennie. « Treize ans qu’on cherche par tous les moyens, par toutes les forces, à impliquer Nicolas Sarkozy dans ce roman grotesque », a vivement déclaré le conseil du prévenu devant la cour d’appel. Selon l’analyse juridique de Christophe Ingrain, le dossier de l’accusation ne reposerait que sur des échafaudages spéculatifs et non sur des faits tangibles et vérifiables. L’avocat estime qu’il existe dans cette procédure complexe « des hypothèses à la pelle » formulées par les magistrats instructeurs au fil des ans.
Pour la défense, les parquets successifs ont tenté de masquer le manque de preuves irréfutables en recourant à des artifices juridiques discutables. L’avocat a fermement dénoncé le fait que, pour « combler les carences, le recours à cette infraction de sauvetage qu’est l’association de malfaiteurs » ait été privilégié par l’accusation. C’est précisément pour ce chef d’inculpation spécifique que l’ancien président de la République avait été lourdement condamné en première instance. Devant les magistrats de la cour d’appel, Maître Christophe Ingrain a haussé le ton pour fixer une ligne rouge juridique : « On ne condamne pas sur une hypothèse », a martelé avec force le conseil de l’ancien chef de l’État, avant de réclamer officiellement et solennellement la relaxe pure et simple de son client.
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Des réquisitions massives et le coup de massue des révélations de Claude Guéant
La tâche de la défense s’avère particulièrement ardue au regard de la sévérité des peines réclamées par l’autorité de poursuite. Le parquet général a en effet requis, le 13 mai dernier, une condamnation extrêmement lourde à l’encontre de Nicolas Sarkozy : sept ans de prison ferme, accompagnés de 300 000 euros d’amende et de cinq ans d’inéligibilité. Les chefs d’infraction retenus sont infamants pour un ancien dirigeant : association de malfaiteurs, financement illégal de campagne électorale, recel de détournement de fonds publics libyens et corruption. Le ministère public a explicitement demandé à la cour « de le sanctionner à la hauteur de la gravité des faits », s’inscrivant ainsi dans la stricte lignée des réquisitions sévères du Parquet national financier (PNF) lors du premier procès.
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Au-delà des réquisitions du parquet, la position de Nicolas Sarkozy s’est retrouvée considérablement fragilisée de l’intérieur au cours des dernières semaines d’audience. Après que l’ancien président a publiquement remis en doute la probité de son ex-bras droit et collaborateur de longue date, Claude Guéant – lui-même incapable de comparaître physiquement à ce procès en appel pour de graves raisons de santé –, ce dernier a répliqué judiciairement. Claude Guéant a produit deux attestations écrites explosives qui viennent contredire de plein fouet la version des faits défendue par Nicolas Sarkozy. « Je n’ai jamais fait que servir de mon mieux le ministre, puis le président, suivre ses instructions », a appuyé par écrit l’ancien secrétaire général de l’Élysée. Plus accablant encore, Claude Guéant assure désormais que l’ancien président avait délibérément mis sur la table des négociations le sort judiciaire du terroriste Abdallah Senoussi, cerveau de l’attentat meurtrier du DC-10 commis en 1989, dans l’unique but d’obtenir des fonds publics libyens secrets pour financer sa campagne victorieuse de 2007.
Rappel / Contexte
Cette intense bataille judiciaire en appel fait suite à un premier jugement historique qui avait profondément secoué la scène politique française. En première instance, Nicolas Sarkozy avait écopé d’une peine de cinq ans d’emprisonnement pour association de malfaiteurs, bien qu’il ait été initialement relaxé des trois autres chefs d’infraction pour lesquels il était jugé. Cette condamnation inédite avait conduit l’ancien chef de l’État à effectuer une incarcération effective de vingt jours au sein de la prison de la Santé à Paris. Ses plus proches lieutenants de l’époque, Claude Guéant et Brice Hortefeux, avaient également été condamnés et ont eux aussi formé un appel de leur sentence respective. À l’issue des plaidoiries finales des quatre avocats de Nicolas Sarkozy prévues ce mercredi, la décision de la cour d’appel sera officiellement mise en délibéré. Le verdict final est attendu pour le 30 novembre prochain.

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